mercredi 13 février 2019

L'OGRE ET LE BENET - Satire 11



Peste soit du Benêt boursoufflé d’arrogance,
Qui ne voit pas venir sur lui l’Ogre courtois,
Et qui, naïvement, et tout à sa romance,
Se laissera croquer par plus malin que soi.

Tout empêtré qu’il est dans ses trocs et combines
- Pour s’assurer au mieux de son rassasiement-
De l’Ogre il ne voit pas couler de ses babines,
L’eau des féroces faims et du ressentiment.

« C’est un ami, dit-il, qui nous fera prospère !
Laissons-le s’attabler, respectons ses façons ;
A-t-il mordu quelqu’un, autre qu’un congénère ? »
Ainsi, le fier Benêt récite sa leçon.

Et l’Humaniste, en vain, agite son flambeau ;
D’un commerce si doux perce les apparences,
Invite à regarder sous le voile du beau :
Mais toujours le Benêt réfute ses instances !

Alors nous verrons bien par quel nouveau Soleil,
Cet Ogre d’Orient éclairera le monde,
Lorsqu’il aura croqué, dans son profond sommeil,
Le Benêt d’Occident et ses plaines fécondes.


mercredi 23 janvier 2019

LES MAINS LIBRES





Souvent l’après midi, dès l’aimable saison,
On le voit sur son banc, à l’écart de la foule,
Ses grosses mains à plat sur ses genoux, il roule
Des yeux vides et las sur un lisse horizon.

On ne veut plus de lui, de ses bras, de sa force,
Quelqu’un a décidé dans un lointain bureau,
Qu’il ne rapportait plus et qu’il était de trop,
Et qu’il fallait ici se résoudre au divorce.

Alors il est parti, comme un triste animal,
Se demandant partout ce qu’il a fait de mal ;

Lui qui n’a pas compté sa sueur et sa peine,
Ni fléchi sous le joug d’un pénible labeur,
Lui qui porta longtemps et fièrement sa chaîne,
Voit couler sur ses mains – libres – d’absurdes pleurs.


http://charlentoine-poesies-satires.blogspot.fr

vendredi 14 décembre 2018

EXIL



 


D’abord, il a fallu longtemps se déchirer,
Avant de s’en remettre au destin d’un rafiot,
Chargé jusqu’à ras bord de rêves idiots,
Et s’accrocher au Ciel pour ne pas chavirer.

Et puis la peur encore au pied de ces murailles,
Hautes à chaque instant ; ces barbelés serrés,
Ces cordons de cœurs secs, de regards acérés,
Et le soupçon, partout, chevillé aux entrailles.

Mais il faut avancer, marcher, marcher encor,
Jusqu’à cette lueur à laquelle on aspire,
Et qui réchauffera les âmes et les corps.

Et l’enfant qui viendra, lui seul saura bien dire,
Dans le temps long du cœur, si cet acte insensé
A tenu le serment de l’Amour offensé.


http://charlentoine-poesies-satires.blogspot.fr