jeudi 15 novembre 2018

LA VIE REVEE



 
 

Lorsque je dors - dit-il - vivre m’est supportable,
Soit que je m'éthérise, soit que parfois encor
Je rêve et ne sens plus ce vieillard dans mon corps,
Douloureusement las, dont le reflet m’accable.

Morphée, en sa bonté, m’épargne cet affront,
Et ne me laisse entrer dans ses heureux méandres,
Qu’en homme bien portant, aux traits rieurs et tendres,
Et non pas sous ceux-là de triste mascaron.

Je peux, comme aux beaux jours, en ce moment de grâce,
Chanter, danser, sauter, avoir le cœur battant,
Voir les êtres aimés revenir à leur place,
Et leurs regards s’emplir d’amour à tout instant.

Mais lorsqu’il faut rouvrir les yeux sur ce vieux monde,
Vous dirai-je combien la détresse m’inonde ?


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dimanche 4 novembre 2018

L'IMPROBABLE PLAIDOIRIE - Satire 10


IMPROBABLE PLAIDOIRIE SUR DES DETAILS DE LA TRES FAMEUSE GRANDE GUERRE
        
     La Grande Guerre est loin derrière nous ; mais imaginons un instant que sur un coup de folie, l’on décide aujourd’hui de juger devant un tribunal les actes et la conduite d’un général lambda, en responsabilité à cette époque sur le théâtre des opérations ! Les charges étant, on le sait, (souvent) accablantes, il faudrait à l’évidence le secours d’un « ténor du barreau » pour assurer sa défense ! Que pourrait bien dire ce grand avocat, dans son improbable plaidoirie, pour tenter de disculper ce général (forcément très âgé) et nous apitoyer ?...

« Quoi ! Messieurs les jurés et vous aussi Mesdames :
On attend du sang frais, la foule le réclame
Qui n’a pas fait le deuil de ce gâchis humain,
Absurde assurément, et qui se cherche en vain
Quelqu’un pour s’acquitter jusqu’au dernier centime,
Du prix de l’infamie et de douleurs intimes !
Et l’on a transporté, dans ce box, un soldat
Qui, ma foi, ferait bien un potable Juda !
Un traître à la Patrie ! Un dindon de la farce !
Un lampiste idéal, ou mieux : un fils de garce !
Un peu de retenue, s’il vous plait ! Observons
Les griefs fallacieux ; passons-les au savon !
Interrogeons nos cœurs, nos valeurs tricolores,
Que l’on désigne enfin qui donc nous déshonore !
Que nous reproche-t-on, Monsieur le Président,
A nous, vieux général, dont les antécédents
Militaires ne sont que pages glorieuses,
Mémorables combats et charges furieuses ?
Car nous avons gagné grâce à nos généraux,
Fer de lance affûté de légions de ruraux,
Qui ont eu l’intuition qu’en restant à l’arrière,
Ils se briseraient moins le col ou le derrière ! 
Abordons point par point l’affaire posément,
En prenant bien le tout par le commencement.
Pour ouvrir le propos, allons au plus facile :
Mon client est connu pour être un imbécile !
On pourra m’objecter qu’au Grand Etat Major,
Le grade est répandu  - et l’on n’aura pas tort -
Mais, s’il est devant vous, seul de tous les apôtres :
C’est bien que celui-ci l’est bien plus que les autres !
Mais comprenons-nous bien : je ne suis pas ici
La voix du procureur et ne vous dit ceci
Que pour gagner du temps sur le fond de l’affaire,
Que je vais, à présent, clairement vous défaire !
On voudrait, tout d’abord, ternir de mon client
La science du combat - ce qui est humiliant -
Que l’on peut résumer d’un beau mot : « offensive ! »
Comme Napoléon, par vagues successives !
« C’est dans l’assaut, toujours, et toujours droit devant,
Que se prend le terrain qu’on n’avait pas avant ! »
Il n’est point de grand chef, sans une grande phrase,
Pour en dire, à la fois, la hauteur et la base.
L’idée, en soi, n’est pas exempte de bon sens :
L’ennui, c’est le Teuton, qui vient à contresens,
Equipé lourdement de grosses mitrailleuses,
Qui coupent les soldats, comme des moissonneuses !
On avait espéré, un temps - c’était malin -
Les renvoyer, fissa, du côté de Berlin,
En attaquant de front, un peu comme la foudre ;
Cela ne s’est pas fait : ils voulaient en découdre !
Alors évidemment, le temps de mettre au point
Quelque autre procédé pour avancer moins loin :
Nous avons essuyé de regrettables pertes !
Il fallait pourtant bien que chacun se concerte !
Ce fâcheux contretemps n’est point de notre fait :
L’ennemi, pour beaucoup, compte dans ce forfait,
Comme nos troupes dont les finitions bâclées
Expliquent, largement, les cuisantes raclées
Qu’il a fallu souffrir, à cheval et à pied,
Alors que nous étions vainqueurs sur le papier !
N’est-ce pas général ?... Il dit oui de la tête ;
Nous sommes innocents : démonstration est faite !
Passons au second point : quel est-il ? Ah, je vois !
On nous trouve hautain, méprisant et sournois,
Sans considération pour la basse piétaille,
Qu'on traite en numéro sur le champ de bataille !
C’est le Poilu qui parle et nous crache un venin,
(Plutôt habituel sur le ton féminin)
Qui démontre à quel point l’ingratitude humaine
Est tenace, Ô combien, et nous fait de la peine !
Faisons fi du travers, puisqu’il faut faire avec,
Et allons de ce pas lui refermer le bec.
Le ci-devant héros – accusateurs sévères -
De ses soldats, toujours, a pris un soin de mère ;
Au singe, il a goûté, au rata, au perlot !
Il a bu leur pinard à même le goulot !
Il a distribué des kilos de médailles,
Des croix, des boniments et des fleurs en pagaille !
Il a congratulé des morts, des éclopés,
Des voyants que d’un œil, des tout mous, des crispés !
Est-il possible enfin d’être plus exemplaire,
Dans l’Amour du prochain à l’instant d’une guerre ?
On ne l’a pas aimé ? Ce n’est rien : on s’en fout !
N’est-ce pas général ?... Il opine du cou.
Ici, la Vérité, par cet effet de manche,
Consent à se montrer pour prendre sa revanche !
Passons donc à présent, au mensonge suivant,
Qui sera l’occasion d’un final émouvant.
Notre réputation, de nouveau, est en cause :
On nous dit homme dur, sujet à la névrose !
Capable, pour un rien, un incident banal,
D’ordonner des arrêts, d’ourdir un tribunal !
Mon client a - peut-être - été parfois sévère
Envers les tire-au-flanc, les cocos, les vulgaires ;
On a beau rechercher en tout le positif :
Le troufion, à fermer son clapet est rétif !
Il se peut bien alors… ce n’est pas impossible…
Que des mal éduqués soient devenus des cibles !
Mais quand d’un tribunal on vous donne la clef,
En vous laissant choisir la façon de meubler,
Comment donc voulez-vous rendre un peu de justice,
Sans que « le Règlement » cornaque la bâtisse !
Certes, on a fusillé… un peu… quelques soldats !
Mais puis-je rappeler d’où venait le mandat ?
Qui donc a validé cette licence vile :
N’est-ce point, par hasard, l’Autorité civile ?
Entre lâche et crétin, il faudrait faire un choix,
Et c’est à nous, ici, que la besogne échoit ?
Nous n’explorerons pas ces profondeurs intimes,
Car on ne juge pas cette sorte de crime !
Nous avons obéi : n’est-ce pas général ?...
Il salue en soldat, d’un geste latéral.
Voilà, j’en ai fini ! Je vois couler des larmes,
Et l’on gémit là-bas, du côté des gendarmes :
C’est donc que j’ai touché et que nous sommes beaux,
A l’égal de Danton, Saint-Just ou Mirabeau !
Déboutons, mes amis, cette Voix de reproche,
Qui, nous traînant ici comme on ferait d’un mioche,
Invite à ce procès le Diable et ses détails :
La « bien-pensance » est là, avec son attirail,
Qui veut insinuer qu’amère est la Victoire,
Et qu’il faut regarder, d’un autre œil, notre Histoire !
Fadaises que ceci ! Tout le monde est content,
Lorsque nos généraux défilent en sultan !
Et l’on n’aimerait point, qu’à se vouloir moderne,
La troupe marche au pas les étendards en berne !
Mais vous verrez qu’un jour, pour flatter les rêveurs,
Nous débaptiserons les rues de nos Sauveurs ;
Nous cacherons leurs noms comme un sein impudique,
Et dirons aux enfants de l’Ecole publique :
« Qu’on peut interroger l’Elan sacrificiel…
Ou qu’on n’est plus trop sûr du Roman officiel
Montrant nos généraux beaux comme des madones…
Qu’on s’est un peu gouré, qu’il y aurait maldonne !... »
Regardez celui-ci ! N’est-il pas beau et fort ?...
Ah !... Je crois bien, ma foi, qu’à l’instant il s’endort.
Faisons donc comme lui, Ô jurés raisonnables,
Glissons tous ces relents doucement sous la table,
Ou dessous le tapis de nos grands Errements :
La Mémoire souvent ne fait pas autrement !
Etats d’âme tardifs, scrupules de conscience,
Circulez, s’il vous plait, si possible en silence… ».


                               A la mémoire de tous les soldats de la Grande Guerre.

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jeudi 2 août 2018

LE BONHEUR




Le bonheur n’est que provisoire,
Vois comme il glisse au fil du temps,
Dans l’éphémère des histoires,
Que l’on traverse cœur battant.

Comme la fleur - la marguerite -
Il s’effeuille en baisers trop courts,
Et nos amours vont à la suite
Qui comptent les jours à rebours.

Mais s’il éclot, fais que sans cesse,
Sous l’arc en ciel de ses couleurs,
Ton jardin tienne sa promesse,
Avant la froidure et les pleurs.

Car le bonheur est provisoire,
Tu le sais depuis le début ;
Qu’importe ! Il faut pourtant y croire,
Et le vouloir à corps perdu.


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