mardi 25 juin 2019

L'EPAISSE NUIT

 


Après longtemps de jours tièdes et bienveillants,
A gravir ce Chemin, forts d’une ardeur candide,
Nous touchons au sommet, mais devant nous ce Vide
Vers lequel nous allons ensemble est effrayant.


Ce n’est que le début d’une pente sévère,
Où flotte, en contrebas, comme une épaisse Nuit,
Qui va freiner nos pas, affaiblir nos appuis,
Briser nos volontés et nos membres de verre.


Et nous nous enfonçons dans cette obscurité,
Chacun à la lueur de sa mysticité ;


Puis enfin, à tâtons, nous entrons dans la fosse,
Par degrés, l’on descend dans le renoncement,
Et chacun, à présent, a le regard d’un gosse,
Qu’il attende la Fin ou le Commencement.


mercredi 15 mai 2019

VIEILLES EGLISES



Quiconque me connait dans mes travers extrêmes,
Pourrait - de bonne foi - s’abuser de lui-même,
S’il quelqu’un lui venait rapporter à propos
Qu’on m’aurait aperçu me mêlant au troupeau
Des bonnes gens qui vont causer en vocalises
En cet endroit spécial qu’on appelle une église !
D’ici je le vois bien ricaner bêtement,
A ce qui semblerait comme un retournement :
« Comment, lui !... dirait-il, ce mécréant notoire,
Qui n’idolâtre rien, sinon manger et boire ! »
Et chacun de chercher par quelle agilité,
Un zélateur rusé m’aurait pu visiter. 

Il me faut couper court à cette controverse
Et de la vérité dire les voix adverses :
Oui, j’entre volontiers en ce lieu quelquefois ;
Non, je n’ai pas reçu la grâce d’une Foi,
Ni vu quelque lueur qui parle ou m’interpelle,
Et m’ordonne d’aller courir à Compostelle !

Moi qui n’ai rien appris des saints enseignements,
Qui du Jardin promis sait mon éloignement,
Ici, bien mieux qu’ailleurs - pour des raisons obscures -
Je me sens accueilli, sans carcan ni censure ;
Mon monde est assemblé dans cet ardent foyer,
Tant d’amour, de douleurs s’y viennent déployer,
Et les mânes des miens insinuant la flamme,
Réfrénent mes excès et apaisent mon âme.
Nul ne me parle mieux que leur souffle d’encens,
Et ne m’instruit autant sur ce que je ressens ;
Ne sachant pas prier, j’ouvre grand ma poitrine,
Où demeure toujours quelque profonde épine,
Et me laisse envahir par les prodigues soins
De ceux qui sont ici, ni plus Haut, ni plus Loin.

        Voilà tout ce qui fait mon goût pour les églises ;
Et plus elle est usée, et plus elle agonise
Dans un silence lourd et sombre de caveau,
Et plus j’y vais puiser de forces à nouveau.

mercredi 8 mai 2019

LA JUPE



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Elle prit l’escalier devant moi, en silence ;
Sa jupe haut fendue, très vite laissa voir
Comme un éclair de chair au sommet des bas noirs,
Assez pour me plonger dans un état d’urgence.

Elle fit demi-tour, agrippa le revers
Du peu de jupe encor qu’elle avait sur les hanches,
Et, cuisses à l’écart, me donna carte blanche
Pour prendre du regard ses charmes découverts.

Bien sûr, je suis entré sur l’heure à son service,
Pour ce qu’elle a voulu - fort indiscrètement ! -
Jusqu’aux confins profonds des plus rares délices,
Attentif à ne point troubler l’enchantement.

Puis sa jupe tomba, comme un rideau de scène,
Sur ce bel impromptu si plaisamment obscène.


http://charlentoine-poesies-satires.blogspot.fr

lundi 6 mai 2019

LA RUELLE DES SENTIMENTS


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La ruelle des sentiments,
Exhale de sa brique austère,
Une haleine de vieille terre,
Qui m’insinue infiniment.

Tu t’es enfuie au jour infime,
Me laissant blessé jusqu’au sang ;
Au crépuscule incandescent
Je demande quel est mon crime !

Dessus les toits, une hirondelle
Sème des trissements pointus
Sur ma mémoire ; que dis-tu,
Ô ma tortionnaire fidèle ?...

Tu me racontes ce taudis,
Ecrin douillet au ciel immense,
Qui abritait une romance
Qui me hante et que je maudis !

Me voilà seul à la fenêtre,
Et mon âme a quitté Cahors ;
Puisque tout fuit, que tout est mort,
A quoi bon quelque jour renaître.

Le Diable du Pont Valentré
Sait déjà que dans sa demeure,
Pour longtemps j’irai tout à l’heure,
Je l’entends : il me dit d’entrer.

La Nuit qui rôde et perd patience,
A défait le soleil mordu ;
Je les connais ses coups tordus,
Alors qu’on en finisse : avance !

Mais avant de tout effacer,
Laisse encore un peu parler d’elle
La facétieuse hirondelle,
Qui déjà finit de passer.

Et dans les Badernes* anciennes,
Vides d’amour, viendra flâner
L’ombre des souvenirs fanés,
Comme des âmes bohémiennes. 


* Les Badernes : vieux quartier de la ville.